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Mythe du Kilimandjaro

25/09/2007 - Lu 1324 fois
"Vaste comme le monde, immense, haut et incroyablement blanc dans le soleil, c'était le sommet carré du Kilimandjaro". C'est en ces termes qu'Ernest Hemingway évoque le massif dans sa nouvelle "Les Neiges du Kilimandjaro". Cette description a participé depuis les années 1950 à l'émancipation d'une image extraordinaire de la montagne.
Toutefois, le toit de l'Afrique, comme il est appelé dans de nombreux écrits apparaît comme une montagne mythique bien avant Hemingway. Pourquoi ? Explications.

Le Kilimandjaro : une montagne légendaire...

PtoléméeLa découverte du Kilimandjaro est liée à la recherche des sources du Nil. Un des premiers témoignages de neiges est attribué à Diogène, marin grec, qui découvrit l'existence dans l'intérieur des terres de deux grands lacs et d'une chaîne de montagne neigeuse, alors appelées "les montagnes de la lune". Il s'agit selon toute vraisemblance des monts Kilimandjaro, Kenya et Elgon.

Au IIe siècle, le géographe grec Ptolémée mentionne  l'existence d'une "montagne blanche" dans la steppe africaine.

En 1519, Fernandez de Enciso, géographe espagnol évoque clairement le Kilimandjaro : "A l'ouest de Mombasa se trouve l'Olympe de l'Ethiopie qui est très haut et plus loin encore se trouvent les Mont de la lune où sont les sources du Nil Dans toute cette région se trouve une grande quantité d'or et des animaux sauvages".

Peu avant la découverte du Kilimandjaro par Rebman, les arabes de la côte orientale évoque une montagne peuplée de djinns et d'esprits diaboliques. "La poudre à canon ne fonctionnait pas sur les versants ; les jambes s'ankylosaient et les gens mouraient des effets néfastes des djinns", sans compter que l'argent se transformait en eau. Les Swahilis croyaient en effet que les neiges éternelles étaient de l'argent.

Les neiges du Kilimandjaro sont l'image et le symbole forts de la montagne. Fantasmé, puis rêvé, le Kilimandjaro est ainsi devenu le royaume des neiges éternelles, des Dieux et des esprits...

Johannes Rebmann à gaucheLe Kilimandjaro des explorateurs

Les premiers explorateurs européens sont des missionnaires. La Church Missionnary Society entreprend dès 1840 l'évangélisation de l'Afrique Orientale. Trois allemands, formés au séminaire Suisse de Bâle, ouvrent une mission à Rabai près de Mombasa.

En 1848, Johannes Rebmann, un des trois missionnaires, "est connu comme étant le premier européen, à 28 ans, avec sa Bible et son parapluie, à apercevoir le Kilimandjaro."

Son journal de voyage fut publié à Londres en 1850 puis dans la Société de Géographie de Paris. L'essentiel des observations concernant le Kilimandjaro porte sur la neige. La communauté scientifique les conteste : la présence de neige sous l'Equateur était considéré comme impossible. Cette annonce a pour effet de déclencher plusieurs autres expéditions dans le but d'affiner les connaissances sur le Kilimandjaro.

C'est en 1861 que cette divergence scientifique eut un terme. Thornton et Von Der Decken observent à leur tour de la neige au sommet en tentant l'ascension du Kilimandjaro . Dès lors, la montagne légendaire prend position sur les cartes.

Après deux échecs, Hans Meyer accompagné de son ami Ludwig Purtscheller et du guide chagga Yohana Lauwo, parvient au sommet du Kilimandjaro le 6 octobre 1889.

Le Kilimandjaro, jardin d'Eden

Dès la fin du XIXe siècle, les missions catholiques et protestantes christianisent les populations africaines. Les missionnaires voient dans les paysages du Kilimandjaro le décor biblique du jardin d'Eden.

Petit rappel : Le jardin d'Éden est, selon les trois religions monothéistes nées au Moyen-Orient (judaïsme, christianisme, islam et leurs variantes), un endroit parfait dans lequel arrivent les justes après leur mort, en guise de salaire pour leurs bonnes actions réalisées de leur vivant.

Le Kilimandjaro : un endroit parfait ? les animaux emblématiques de l'Afrique, les guerriers Masaï, la terre originels des Hommes et la montagne, source de vie (eau), évoquent immanquablement le paradis originel des religions abrahamiques.

Le Kilimandjaro : le pèlerinage des trekkeurs

Le Ministère du Tourisme Tanzanien cultive ce mythe du Kilimandjaro. Aujourd'hui, ceux sont 20 000 personnes qui foulent le volcan chaque année. D'autres sommets dans le monde le sont aussi, à ceci près, que le Kilimandjaro est très largement connoté sur le plan religieux.

On ne fait pas le Kilimandjaro comme on va à Lourdes. Le trekking n'a rien de religieux. Mais les qualités humaines (dépassement de soi, détachement intérieur), la communion avec la nature et le cheminement pour rejoindre l'Uhuru Peak peuvent faire penser aux pèlerinages religieux. "Communion avec Dieu pour les uns, avec la Nature ou Soi pour d'autres".

Si la représentation du Kilimandjaro a évolué au fil des siècles, en fonction des Hommes et des sociétés, le volcan appartient toujours, de par son histoire et son décor, aux sommets mythiques de notre monde.

Citation et article rédigé avec l'aide des informations trouvées dans l'ouvrage Kilimandjaro : Montagne, Mémoire, Modernité sous la Direction de François bart, Milline Jethro Mbonile et François Devenne aux Editions Presse Universitaire de Bordeaux.

Auteur : Grégory Rohart infos sur l'auteur | contactez l'auteur | le site de l'auteur